Depuis 1975, nous mettons à jour les aires de présence de Grand tétras, appelées « zonages », sur la base de nos connaissances de terrain. Ces informations sont utilisées dans de très nombreuses situations et par une grande variété d’acteurs. Forts de ce constat, et afin de répondre à une certaine demande, nous avons décliné ces zonages à la Gélinotte des bois.


Les zonages Grand tétras

Les premiers zonages ont été créés en 1995, dans le cadre du programme LIFE européen. Les acteurs du territoire, notamment les gestionnaires, souhaitaient disposer de plus d’informations afin de mieux prendre en compte l’espèce dans leurs activités. Les emplacements des places de chant étant des données trop sensibles pour être diffusées telles quelles, il fallait donc créer une donnée publique renseignant de la présence ou de l’absence du Grand tétras dans les forêts. Plus précisément, l’objectif était de connaître le niveau de sensibilité de chaque espace forestier vis-à-vis de l’oiseau : sommes-nous sur une place active de reproduction, sur un massif où des individus sont régulièrement observés, ou au contraire sur une zone où le Grand tétras semble seulement de passage ?


Dans un premier temps, ces zonages servaient donc juste d’information. Depuis 2011, ils sont utilisés par les services de l’État, notamment au niveau juridique, afin de statuer de la présence du coq de Bruyère sur un espace, et donc de la possibilité ou non d’un aménagement en vertu de cette information. Même sur les massifs sans protection forte, ils peuvent être utilisés pour témoigner de la présence de l’espèce et ainsi protéger la biodiversité présente.


Désormais, les zonages Grand tétras constituent un outil de référence dans les milieux de la protection et de la gestion de la nature. Ils sont utilisés par de nombreux acteurs comme les gestionnaires et les acteurs du territoire, mais aussi par les services administratifs de l’État, les propriétaires forestiers, et nombre d’autres structures. 


Les cartes de sensibilité sont réalisées en prenant en compte les résultats des différents protocoles que nous mettons en place chaque année (prospections hivernales et comptages au chant), ainsi que les observations opportunistes. Depuis que nous disposons aussi des modèles LiDAR, nous utilisons aussi cet outil pour définir les aires de présence. 


Deux niveaux sont disponibles : l’aire de type I, qui représente les zones sur lesquelles le Grand tétras est établi et se reproduit, alors que l’aire de type II est constituée des secteurs où l’espèce n’est plus activement présente, mais qui pourraient être recolonisés. 


Le travail de mise à jour était conduit tous les 10 ans, et depuis 2020, l’actualisation a lieu de façon quinquennale

Une donnée très utile

En interne :

Au GTJ, les aires de présence de Grand tétras nous servent dans de nombreux domaines. 


Tout d’abord, il s’agit d’un bon indicateur de l’évolution de la répartition de l’espèce, c’est-à-dire qu’en observant comment les zonages évoluent, nous pouvons constater les mouvements géographiques de la population. Vous savez déjà que la population jurassienne de Grand tétras est en déclin. Le nombre d’individus se réduisant, certaines zones auparavant occupées par l’espèce ne le sont désormais plus. Grâce aux aires de présence, nous pouvons déterminer ces secteurs et étudier plus précisément ce qu’il se passe sur les territoires en question.


Ces informations servent aussi à identifier l’emprise des Plans Nationaux d’Action (PNA) pour l’espèce, ainsi que pour délimiter les zones sur lesquelles nous réalisons nos suivis de population. Lorsque nous savons quelles zones sont désertées par l’espèce, nous ne dépensons plus de temps à y aller réaliser des protocoles scientifiques. En revanche, celles-ci restent incluses dans le territoire d’action du Réseau d’Observateurs de la Gélinotte des bois, qui prospecte toujours ces espaces à la recherche d’indices.


Enfin, les zonages sont très utiles pour déterminer les secteurs forestiers dans lesquels des travaux sylvicoles sont envisagés. Pour identifier les zones d’intervention plus finement, nous nous appuyons également sur les modèles LiDAR développés en 2018, et notamment sur les modèles de densité et de recouvrement du hêtre. Nous avons utilisé cette méthode pour la dernière fois en 2022, dans le cadre de Restor’tétras, un programme de travaux forestiers visant à lutter contre la régénération de hêtre sur les places de chant du massif. Dans le même sujet, notre politique d’acquisition forestière va se tourner vers des parcelles situées dans l’aire de type I.


En externe :


Les aires de présence de Grand tétras constituent une donnée publique qui est disponible pour tous nos partenaires
Les structures forestières (ONF, ADEFOR, CNPF, etc.) l’utilisent pour identifier les grandes zones à enjeux. La limitation des aménagements ou des périodes d’exploitation sont alors à discuter à une échelle plus fine, en vue de concilier exploitation forestière et conservation du coq de Bruyère. Elles contraignent notamment la période d’exploitation des parcelles à partir du 15/12 jusqu’au 30/06, afin de limiter le dérangement de l’oiseau en hiver et lors de la phase de reproduction.


Lors des manifestations sportives sur le territoire, nous utilisons les zonages pour justifier d’une potentielle réorientation du parcours lorsque cela est possible, toujours dans l’objectif de préserver la quiétude des milieux potentiellement impactés. 
De même, des projets d’aménagement dans les aires de type I auront tendance à être bien plus étudiés pour leurs impacts potentiels sur la faune et la flore, voire rejetés pour cette raison (projet de parc éolien par exemple).


Ce zonage est donc une des données les plus importantes produites par le GTJ, association référente en matière de conservation du Grand tétras.

Application à la Gélinotte des bois


L’idée de décliner les aires de présence à la Gélinotte des bois n’est pas nouvelle. Cependant, les connaissances disponibles concernant la poule des noisetiers sont limitées : la seule donnée de référence en France est l’étude décennale de l’OGM, recensant les communes avec présence de Gélinotte à l’échelle nationale. Or, cette donnée comporte de nombreuses limites, notamment par sa nature plutôt empirique (sans protocole scientifique associé) et sa collecte sujette à des biais (demande aux acteurs techniques du territoire).


Ainsi, si l’idée était présente dans les têtes depuis un certain temps, elle n’avait pas encore été concrétisée. La situation a évolué lorsque d’un de nos partenaires a manifesté un intérêt marqué à disposer de cette information.


Pour créer cette donnée, nous avons suivi la tendance actuelle dans le secteur de l’écologie qui tend à préférer l’utilisation de mailles kilométriques. Cette méthode sert notamment à caractériser l’aire de présence d’une espèce sans pour autant dévoiler sa position trop précisément. Ici, nous avons choisi de travailler à une échelle kilométrique, pour rester proche de l’écologie de la Gélinotte des bois. 


Nous avons donc créé des zonages de présence de Gélinotte des bois en utilisant les données de présence de Gélinotte à notre disposition durant la dernière décennie, entre 2010 et 2020, ainsi que le maillage de référence au niveau français, celui de l’INPN, Inventaire National du Patrimoine Naturel. Les données récoltées par le Réseau d’Observateurs Gélinotte des bois sont donc très utiles pour améliorer la pertinence du zonage.


Ainsi, l’aire de type I est constituée des mailles kilométriques proches de moins de 250 mètres d’une observation de Gélinotte des bois entre 2010 et 2020. Les mailles de type II, qui représentent les zones favorables pour l’oiseau, sont composées des mailles kilométriques dont l’altitude est supérieure à 800 mètres et recouvertes d’au moins 50% de forêt.

 

Présentation et discussion des résultats

Avec cette méthodologie, nous obtenons une aire de type I composée de 1283 mailles, et l’aire de type II représente 1661 mailles. Elles se distribuent depuis le sud du plateau du Retord au nord de la Haute-Saône, légèrement en dessous de Montbéliard.


Certaines mailles d’aire de type I sont isolées, non entourées de mailles d’aire de type II, suggérant que notre définition de cette catégorie est trop stricte. Cependant, les données disponibles sur ces secteurs sont plutôt anciennes, et témoignent d’une évolution à la fois dans l’habitat de la Gélinotte au cours du temps, mais aussi dans notre perception de l’habitat de la Gélinotte au cours du temps. En effet, aujourd’hui, nous définissons l’habitat propice pour la poule des noisetiers comme un habitat forestier continu à plus de 800 mètres d’altitude, mais il est probable que celui-ci soit en constante évolution, et il est certain que l’habitat propice était plus étendu il y a quelques décennies.


La création de ces zonages représentant l’aire de présence de la Gélinotte des bois constitue ainsi un premier pas vers une meilleure prise en compte de l’espèce à travers le massif, participant de ce fait à sa conservation à moyen terme. Ce travail pose également les jalons pour une future étude de l’évolution de la répartition de la Gélinotte à long terme, venant augmenter les connaissances sur la dynamique et sur la répartition de cet oiseau si discret. Ce type de zonage pourrait enrichir les discussions sur la protection éventuelle de ce galliforme dont les effectifs semblent régresser.

Pour télécharger les fichiers des zonages, c'est par ici :